Couloir de la Mort

Ruelle étroite, la Tarasque, qui plonge dans la rue des Teinturiers. Quelque mètres encore et me voilà devant la Tâche d’Encre.

L’homme est là, devant moi, simple, souriant ; il assure lui-même la billetterie. Il tranche avec l’image que l’on donne de lui. Je l’avais écouté quelques jours plus tôt au cours d’un débat radiodiffusé Place du Palais… Inutile, ce sont ses presque mots !

Aujourd’hui il est simplement là, devisant gaiement comme s’il ne voulait pas qu’on sache qu’il allait nous plonger dans l’enfer ! Il est comme ça, Manuel PRATT.

Les inconditionnels sont arrivés plus tôt, le café chauffe, il est 10h30, pas question d’être en retard, le spectacle commence à 11h00 sonnantes.

La cour est chaleureusement pavée d’un joli carrelage patiné à l’ancienne, à la semelle passante !

Le théâtre comporte une cinquantaine de places assises ; vite, on s’installe, je me colle tout en haut, près de la régie, le dos bien calé contre le mur, la sacoche intercalée. On se serre, 60 à 70 admirateurs de Manuel PRATT. Il le sait, le bougre, il n’en joue pas !

Théâtre noir, quelques miroirs sur les murs latéraux, une chaise toute simple, voilà pour le décor.

Silence assourdissant. Manuel PRATT, vêtu d’une sorte d’uniforme orange –une des trois couleurs autorisées dans ce pénitencier américain-, entre seul en scène. Le comédien n’existe plus, l’homme, le condamné à mort nous entraîne inexorablement jusqu’au bout de l’enfer, le sien, le nôtre un jour, qui sait ? Une heure de souffrances contenues d’un réalisme coup de poing d’où je sors sonné, boxé, violé –mais insoumis, car je le peux-, livret entre les mains, queue basse et tête haute, libre et librement bouffé de l’intérieur. Ouf ! Je respire !

Manuel PRATT, joue sobrement ! En fait, il ne joue pas, il est Gérald S., ce prisonnier américain qu’il a rencontré un peu avant sa mort, avec qui il a échangé pendant plus de deux ans. Et l’on comprend la chute inexorable, quand l’homme, prisonnier et/ou gardien, cherche à déshumaniser l’autre… Du coup, dans cet univers impitoyable, où Dieu n’existe pas mais « on ne sait jamais », la question est de savoir qui est l’assassin… de qui ? D’ailleurs, les mouches ne s’y trompent guère, elles refusent d’entrer par peur d’être assassinées. Dans la salle, l’émotion est palpable… !

Je lirai le livret une autre fois. Merci Monsieur PRATT

Il est 5h17, je peux enfin dormir… enfin si je le peux vraiment.

Merci Monsieur PRATT

PierPatrick