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Prose et Poésie


Phoenix




" Mais vous rêvez, Monsieur! "


Je sursaute, oh! Un instant seulement, un tout petit instant. Je semble sortir d'un long sommeil merveilleux peuplé d'extravagances et de féeries; mes yeux sont encore très loin. Ce "Vous rêvez, Monsieur», c'est brutal, c'est irréel! On vient de me couper la tête. Une phrase sordide, minuscule et je ressens toute la portée de la Bêtise humaine. Vous vous leurrez, vous me leurrez! Et surtout, je vous dérange; je vous dérange parce que je suis loin de vous, très loin! Et vous ne comprenez pas! Non! Vous vous insinuez dans mon "désordre" comme un long reptile psychique. Je suis un égaré: vous appelez votre Bonne conscience, votre Bonne intelligence, votre Bonne morale à la rescousse et vous jouez les Bons Samaritains, pourvu que je vous ressemble. !!

Vous me lardez, vous m'entendez, vous me lardez!

Bon! La lutte devait commencer, elle commence. L'instant d'après, je suis mort. Oh! Pas pour longtemps! Il faut que je m'échappe, il faut que je me glisse derrière les yeux qui me regardent, derrière les yeux qui me fouillent, derrière ces yeux qui veulent me dépouiller! Je fixe étrangement un gros arbre touffu, là-bas, que je connais bien. Je l'appelle intensément. Il doit m'entendre car il répond! Je crois qu'il me répond; bien sûr qu'il me répond! Il va certainement bouger. Voilà! Il vient vers moi. Il est juste à mes côtés maintenant. Je lui parle tout bas; il me parle tout bas! Nous rions et de suite, il me prend dans ses branches et me suspend dans un grand panier de feuilles, tout près de son oreille. L'horizon va m'appartenir. Je suis loin déjà! Je suis heureux car je dis bonjour à tout le monde! Bien sûr, tout le monde ne me salue pas; mais, ils voient tous que je suis heureux, et ils sourient! - Je n'avais pas encore compris le sens de ce sourire-là! - C'est bon le ciel; on y est libre! Je peux planer très haut! Et personne pour m'embêter!!


" Vous rêvez encore… !


Cette fois-ci, c'est le déséquilibre: je tombe de mon arbre! J'ai dû me faire mal car l'on me regarde avec de drôles d'yeux. Oui, j'ai dû montrer quelque douleur! Les gens se précipitent, m'entourent, m'assiègent. Ils n'ont rien compris! Ils me palpent, me questionnent, m'inquisitionnent, mon foie, mon cœur, ma tête, mon ventre! Jamais mon rêve, ça ne les intéresse pas. Et ils en profitent! Ils veulent savoir! Il faut absolument que je sois leur semblable! Ils me cherchent, me perdent à chaque fois mais continuent!  Ils sont voraces d'indiscrétions! On me chatouille: j'ai horreur que l'on me chatouille.

Alors, je ferme les yeux. Je veux les oublier, oublier qu'ils me pénètrent, qu'ils me chatouillent! Je pense à ma douleur; et cela doit se voir. On s'imagine que j'étouffe. Alors, j'étouffe vraiment pour leur faire plaisir! On me porte à boire! De l'eau! Je n'aime pas l'eau! Je ne veux pas d'eau! Celle-là en particulier. Elle est pleine de commisération, d'amertume, d'incompréhension. Elle n'a pas de pouvoir magique, non! Messieurs-Dames!, elle est neutre. Elle est fade. Elle est vide de sens. Elle est   bête, cette eau-là! Elle m'ennuie! Je refuse l'eau qui m'ennuie!... J'ai un geste étonnant: je casse le verre! Sacrilège! Evidemment, c'est grave! On me foudroie d'indulgences. Et impossible de me réfugier dans mon rêve: j'appelle doucement mon arbre! Je sais pourtant qu'il ne viendra pas! Je l'appelle encore à mon secours désespérément plaintif. C'est presque un cri! Quelqu'un a dû m'entendre: voilà que je divague! On sait que c'est la tête maintenant.

On invoque les dieux; toute l'Idolâtrie stérile et cuirassée de mots dont le sens m'échappe, me tombe dessus. Sodome et Gomorrhe me tombent dessus! Dieu en personne me tombe dessus; et toute sa ménagerie céleste dont l'homme sait les secrets! Les forces du Mal elles-mêmes me tombent dessus! - C'est bien ce que je pensais, Dieu ou Diable, c'est la même chose, chez les gens. -.C'est à n'y plus rien comprendre. Un autre verre d'eau me tombe dessus! Tout me tombe dessus! Et moi, pauvre étranger à ces manifestations, je tombe avec! Là, j'ai vraiment mal: j'ai dû heurter quelque chose. Je suis stigmatisé. Personne n'a vu le miracle, si miracle il y a.

 Je veux leur faire comprendre que j'étais seulement dans mon arbre, dans mon ciel, que j'apprivoisais les gens à coups de sourires. Je leur explique que je parle à mon arbre et qu'il me répond. Qu'il est mon ami, que je suis son ami. Et que...Ils ont l'air étonné! Je crois qu'ils me comprennent, qu'ils m'encouragent: au fond, ils sont gentils! Tout à l'heure, ils ne savaient pas, ils s'inquiétaient. Je leur pardonne d'autant plus qu'ils m'écoutent. Je veux leur faire partager mon bonheur: doucement, je rêve à mon arbre, tout haut. Je lui parle! Il me répond! "Vous voyez, je le connais, il me connaît, nous nous aimons bien!" Certains hochent la tête. Ils n'ont plus l'air surpris. Bien sûr, je viens de leur confirmer...!

Je leur dis que tout va parfaitement, que c'est terminé, qu'il est temps pour moi de partir, que j'ai un peu mal à la tête!...

On me plaint: il faut que je me taise, je me fatigue trop à bavarder. Il faut que je boive de l'eau, c'est bon pour ce que j'ai. J'ai donc quelque chose? Il faut que je me repose beaucoup, beaucoup, beaucoup! Même d'autres qui trouvaient que le soleil tapait trop fort! En cette saison! Quel culot! Comme si le soleil pouvait taper trop fort! Ces gens-là qui m'entourent (à une certaine distance il est vrai maintenant) sont tristes: ils m'apprennent que je suis "malade"! Tiens donc! Je suis malade et je ne m'en rends pas compte! Mais alors, alors...!


La déchirure n'est pas brutale: elle existait dès le début; tout simplement je l'ignorais. En fait, je n'avais été rattaché au monde des hommes que par un fil: il venait de se briser!

Je ne ressens rien. J'étais absent, je reste absent!

Les autres sont toujours là, à me regarder. Inutile de les décrire je ne les vois plus! Je me demande s'il m'est arrivé de les voir un jour. Je sais qu'ils vont poursuivre leur chemin avec la même obstination, de celles qui ne visent rien, avec la même obséquiosité, de celles oui touchent à tout, avec le même verre d'eau à la main, prêts à se soulager de leur trop plein de présence! Il est certain qu'il existe des vies remplies d'absence profonde, et des vies de présence vide... Je les débarrasse rapidement de mon absence: d'ailleurs, je ne m'appartiens plus!



 

  • Dehors, je fouette l'air de mon visage. Ce qu'il fait bon! Je suis léger: je viens de me vider de tant de choses, je me sens véritablement fort. Chez les hommes, quand on est vidé, on le reste!

  • Dehors, je marche, je marche longtemps, heureux, gonflé d'absence, je marche sans fatigue. Avant, je m'épuisais de suite.

  • Dehors, je crie, je crie le plus fort possible, je veux m'entendre crier. Quand je croise quelqu'un, je crie, non pas pour provoquer, mais parce que ce quelqu'un a peut-être envie de crier, et qu'il n'ose pas! Je crie pour lui, à sa place! Je crie pour qu'il soit un peu lui!

  • Dehors, des terres riches de vies, des fleurs, des ruisseaux, des oiseaux, des millions de soleils, une étoile - Bonjour, Etoile! des fruits, et beaucoup d'autres encore! Je leur dis que je les aime! C'est vrai que je les aime. C'est la première fois qu'on les aime. C'est la première fois qu'on le leur dit. Il faudra que je leur donne l'habitude qu'on les aime, il faudra le leur dire souvent!

  • Dehors, je n'ai pas encore dormi. Je sais que je me coucherai bientôt sur la terre; aujourd'hui, je me vide, je me nettoie, j'assume complètement mon absence.

  • Dehors, j'avais connu des fleurs, des milliers de fleurs; là, je connaissais La Fleur!

  • Dehors, j'avais goûté une beauté, puis deux, puis trois et beaucoup d'autres ensuite; là, je me rassasiais tout entier de La Beauté!

  • Dehors, je me rassasie sans m'assouvir.


Mon arbre m'accompagne; tout à l'heure, je lui parle, tout à l'heure, il est loin. Il sait exactement où je vais! Souvent, il me précède et il m'attend, certain de mon exactitude. Pourtant, je " marche vers " nulle part. Il me disait à l'instant que je lui ressemblais! La nuit, je dévore le silence à grandes enjambées. La nuit, je marche vite pour apprendre le plus de silence possible. Je m'inonde, je m'enivre de silence pour le raconter au matin.

 

  • Dehors, je ne pense rien de précis, je pense tout à la fois, je pense au hasard. J'oublie les hommes, j'oublie qu'il a fallu convenir! Les hommes! : sujet pour la scatologie!


Je voyage intensément, même quand je reste longtemps autour de moi, autour de mes propres pas, pour me renifler en pleine absence. Ainsi, j'ai traversé des déserts de coton aussi lourds, aussi épais, aussi longs que des insomnies chez les hommes. Mais des déserts plus beaux et plus surs que leur sagesse.


 

  • Ainsi, j'ai marché sur des mers aussi acérées que leurs ambitions, aussi menaçantes que leur stupidité. Mais des mers d'aube grise et bleue plus franches et plus pures que leur vertu distillée, des mers dont chaque vague est une langue chaude qui veut vous embrasser, dont chaque larme est de tendresse.

 

  • Ainsi, j'ai pénétré des jungles aussi étroites que leurs esprits, aussi touffues que leurs consciences, aussi denses que leurs angoisses. Mais, des jungles de gélatine verte qui se fendaient à mon passage par le "Sésame" de l'Amour.

 

  • Ainsi, j'ai chanté sur des glaciers moins durs, moins cruels, moins froids que leurs cœurs. Mais des glaciers de braise ardente.


Dehors, je flotte sur des nuages de miel sauvage dont l'or m'émerveille chaque fois:

C’est de l'alchimie vraie!

 

  • Dehors, je navigue sur des vagues de lune à marée haute! J'y tends mon âme à la limite. Elle n'est pas loin de se rompre; Elle ne se rompt jamais!

 

  • Dehors, j'escalade les pluies pour apprendre à grimper jusqu'au ciel. Je sais que là-haut je pourrai me sécher. Je cours à travers le Temps, à ma guise, toujours au début, toujours à la fin.

J'ai choisi de rajeunir: le Temps s'éclate en moi depuis mon Début.

 

  • Dehors, je vais nu mais je vais mieux vêtu que n'importe qui. Je suis plongé dans l'Iris et je glisse de bas en haut dans La Couleur. La "Couleur, elle est partout; je n'ai pas à l'inventer, je n'ai qu'à me laisser faire. Elle est spontanée: Elle se vautre sur moi, affamée d'être libre, affamée de me libérer; Elle m'éclabousse joyeusement, Elle me noie avec délice. Ses caprices sont d'une rare beauté. Les premiers temps, j'ai eu du mal à La reconnaître: Elle n'est jamais la même!


Dehors, voilà mon Etoffe!



 

  • Dehors, j'embrasse la terre plusieurs fois par jour et je la remercie. Je crois qu'elle est contente; je repars avec son goût de bonheur riche au bout des lèvres, ravi qu'elle m'aime, ravi qu'elle sache que je l'aime et troublé qu'elle me brille si fort.

 

  • Dehors, je suis déshumanisé. Je coule dans l'odeur pure, de celles qui fusent de nulle part, pêle-mêle, teintées-folles, teintées-chaudes, teintées-tendres, de celles qui se jettent à ma figure par faisceaux de taches, de celles qui m'explosent dans la bouche, de celles qui me grignotent, me grappillent, me chavirent, de celles qui fondent délirantes sur la peau.




 

  • Dehors, je suis déconventionné. Je m'offre la Musique à tout vent; je ne trie pas, je ne prends pas, je suis dedans! La Musique, c'est un poème d'un seul vers, d'un seul pied, d'une seule rime, d'une seule note, créé d'un seul élan.


Dehors, c'est Mon Etat

Dehors, c'est moi, dedans !

 


Un jour, je suis vide. Un jour, je suis sevré! J'ai besoin de repos. J'ai absorbé la vie, je l'ai accumulée, je vais la digérer. Mon arbre a deviné. Nous choisissons une clairière: il les connaît toutes. Nous parlons un peu, par habitude, nous ne disons rien d'important, rien de vraiment réfléchi ; nous parlons par amitié, pour que la séparation soit moins lourde, pour nous donner une fois encore. Je lui avais confié comment je voulais dormir: comme autrefois, il me prend dans ses branches, il me suspend sur sa tête. Je l'aime, il m'aime, je dis à tous ceux qui sont là que je les aime. Ils sont un peu tristes, mais ce n'est qu'un départ et ils sourient. Ils sont rassurés de me revoir. Je me gonfle de sève avant la chute. Je m'emplis de lumière, je remercie le ciel et, pour la première fois depuis que nous nous connaissons,



je ferme les yeux.

Je caresse mon arbre

à fleur de feuilles.

Il comprend!

     



Quand je tombe…

                                   …..  je n'ai rien senti!


Mon corps casse instantanément, en douceur, au pied de mon arbre.


                                                                                    J'achève ma mort d'homme en embrassant la terre.


Je dors, repu de mon absence; je ne me quitte pas, je reste accroché dans le Temps, là où je me suis arrêté……………………………………….


Seules, mes paupières ont brûlé!


PierPatrick

                                 Un soir au cours d’une année de lumière…


  


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