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Prose et Poésie

Monter sur le dos d'un nounours




Monter sur le dos d'un nounours, ce n'est pas facile. Surtout, depuis qu'on est un grand, que ce sont les autres qui vous l'apprennent, et qu'un grand ne monte pas sur le dos d'un nounours.

Quand j'étais un gentil garçonnet, j'avais un nounours, un vrai, en peluche!J e jouais avec lui, comme on fait quand on est un gentil garçonnet, et j'attendais avec impatience le moment d'être un grand pour grimper sur ses épaules. J'ai grandi jusqu'au jour où je me suis aperçu que mon nounours i moi ne grandissait pas, lui, que mentalement il n'était pas beaucoup causant!

Alors, j'ai rêvé d'un autre nounours, un faux s'il le fallait, un de ceux qui bougent à la télévision familiale, un faux qui soit bien vivant. j'ai donné mon vrai nounours en peluche à un pauvre du quartier qui grandissait mal et qui n'avait qu'un chien et j'ai exigé le plus sagement possible de mes parents qu'ils m'achètent un grand nounours comme celui qui avait croqué un gardien du Jardin des Plantes parce qu'il avait refusé, ce méchant-là, de monter sur son dos, et que ce n'est pas normal quand on a un grand nounours de ne pas jouer avec lui. Je vais vous dire, ils sont curieux mes parents. Ils ont rigolé beaucoup. Je n'ai pas eu mon grand nounours. J'ai tapé des pieds, des mains, du cœur, du cerveau et sur un monsieur ensuite qui me regardait les pieds, les mains, le cœur, le cerveau, même qu'il essayait de voir dedans le grand nounours dont je rêvais, qu'il ne le voyait pas. Il y a des gens qui devraient aller se faire soigner, comme dit mon copain, le fils du monsieur qui ne voyait pas mon grand nounours, du monsieur qui est un copain de papa, de papa qui l'appelle "Cher Ami", surtout depuis qu'il n'a pas vu mon grand nounours!

Non! Ce n'est pas facile de monter sur le dos d'un grand nounours!

La dame que mes parents avaient achetée pour me garder, par exemple, n'avait rien d'un grand nounours, je n'avais pas envie de monter dessus. Et bien un jour, qui l'eut cru, je suis monté dessus, parce qu'elle voulait beaucoup trop joué avec moi, qu'elle était la meilleure amie de maman, qu'elle aurait aimé être pour moi un grand nounours, qu'elle n'en était pas un, que je ne pouvais donc pas monter sur ses épaules, mais que si j'étais bien sage, elle m'apprendrait volontiers un autre jeu. Je n'ai pas du tout aimé son autre jeu: moi, ce que je voulais, c'était monter sur les épaules d'un grand nounours mais pas de cette façon. Tous les jours, elle insistait pour jouer comme elle l'entendait. Les premiers temps, je voulais bien lui faire plaisir parce que je trouvais qu'elle avait été sage avec moi, mais après, ce n'était pas drôle. Toujours les mêmes qui s'amusent ! La meilleure amie de maman fut rapidement vendue à d'autres parents pour leurs petits enfants qui rêvaient de grand nounours.

J'allai donc à l'école pour apprendre à m'amuser comme les grands, comme toutes les meilleures amies de maman, parce qu'il était interdit de rêver à de grands nounours pour grimper sur leur dos. L'école; ça n'est vraiment pas sérieux, une école; jouer comme les grands, d'abord pour quoi faire?, ce n'est pas du tout drôle; puis tous ces trucs de grands, sur des cahiers, sur des papiers, sur des tableaux, sur des pupitres - comme les crottes de nez sur les murs des chiottes; mon grand nounours est bien plus utile, par exemple que les colères du maître d'école qui n'a jamais mangé personne, même pas la directrice -un vrai gardien, elle!-, plus utile que les coups de règle sur les doigts, les doigts de la main, les mains sales, les nanana, les nananères, les nananananères, les douze lettres de l'alphabet, et j'en passe! Et les nanas, les nanas qui ont un drô1e d'air et qui sentent de la culotte.


Quand on va à l'école, on est toujours en vacances, puisqu'on ne fait rien d'utile. Puisqu'on ne me parle pas d'un grand nounours pour monter sur son dos.


Moi, le soir, dans ma chambre, je travaille en secret. J'échafaude des plans pour mon grand nounours du jardin des Plantes car j'ai décidé d'aller le chercher pour jouer avec lui, pour grimper sur son dos. Je présenterai mon grand nounours à mes copains d'école et nous monterons tous sur son dos. D'abord, le libérer! C'est une autre affaire. Les nounours, on les surveille, on les garde jalousement, parce que les nounours sont réservés aux grands, à tous les parents du monde qui ne veulent pas jouer avec eux, ni monter sur leurs épaules; voilà pourquoi le nounours du Jardin de Plantes a mangé son gardien, parce qu'aussi, son gardien, il est né avec de la barbe plein le cœur, que ça pique, que ça pique, qu'il ne pouvait pas se raser le cœur, alors il n'est pas monté sur le dos du nounours. J'ai des copains qui sont nés avec de la barbe plein le cœur; mon nounours, quand je l'aurai sorti de là, les mangera, la barbe avec.


Le soir, après avoir travaillé, je dis une prière pour eux, pour mon nounours qui les mangera, et je m'endors en brisant les grilles du Jardin des Nounours.


  

Comme en quarante !



Je suis fatigué des vieux cons: Ils ont l'âge-vampire, ils vous bouffent le sang depuis qu'ils ont fait la guerre, qu'ils vous demandent de la faire et qu'ils vous montrent leur glorieuse poitrine blessée, rapidement cicatrisée par un morceau de tissu rouge.

Les vieux cons, ils savent tout, ils savent surtout que nous sommes de jeunes cons, ils ne se cachent pas de nous le dire; d'abord, nous sommes jeunes, ensuite des cons, conclusion des jeunes cons.

Bande de vieux, de cons, de vieux cons !  C'est fou ce que vous êtes nés vieux. Tant pis pour vous. Que la barbe vous emporte ! Vous avez commencé à pourrir en naissant.

C'est fou ce que vous êtes nés cons aussi pour nous vouloir la guerre, la même que les vôtres, pour nous la faire parce que malgré tout nous vous poussons, nous vous poussons,

et vous n'aimez pas être poussés,


comme en quarante!


Quarante! Souvenez-vous: quarante!

On a vingt ans, on a trente ans, en quarante!

On n'a pas toujours du pain, du vin, des belles filles, en quarante!

On n'a pas choisi de faire la guerre, en quarante !

En quarante, on a un fusil!

En quarante, on veut du pain, du vin, des belles filles et on rêve de demain. On se dit que demain sera différent, pas de guerre, pas de fusil, du pain, du vin, des belles filles.

On rêve de demain, on rêve, sans se souvenir de ceux de quatorze, de ceux qui ont rêvé de demain avant quarante, de ceux qu'on pousse en quarante, de ceux que vous poussez, en quarante, vos aînés, vos aînés qui sont là aujourd'hui comme en quatorze, qui sont restés à aujourd'hui, comme en quatorze!

Souvenez-vous, en quarante, vous rêviez de demain. Et demain, c'est aujourd'hui. Aujourd'hui, vous êtes restés comme en quarante, comme en quatorze, avec de la mitraille dans le coeur et la légion d'honneur pour vous planquer le cœur! L'honneur est sauf ! Ouf! Il s'en ait fallu de peu! "Regardez, les enfants, regardez, et souvenez-vous, comme en quarante!"

 

Bien sûr, vous ne la vouliez pas, cette guerre: alors,

n'en parlez plus,


comme en quarante,

comme en quatorze, comme en quatorze, comme en quarante,

comme celle que vous voulez qu'on fasse pour en chier,

comme celle que vous avez faîtes, que vous ne vouliez pas faire,

n'est-ce pas?,

parce que nous avons du pain,

parce que nous avons du vin,

parce que nous avons des belles filles,

parce que ce n'est pas normal,

parce que nous sommes des jeunes cons,

parce que vous ~tes des vieux cons!

n'est-ce pas?


Comme en quarante!

Ah! L’heureuse débandade! Et vous débandez de jour en jour, malgré l'ivresse printanière, vous débandez, comme en quarante !

La fleur au fusil! la fleur au fusil! Poum !Poum !

Laissez-la pousser dans les champs, c'est sa place!

Poum! Poum! Tant pis pour nous, tant pis pour vous! Tant pis pour les fleurs !


Je suis fatigué des vieux cons,      

nous ne sommes plus en quatorze,

nous ne sommes plus en quarante,

nous sommes aujourd'hui,

nous serons demain,

nous ne voulons pas de vos deux guerres,

nous ne voulons pas d'une autre guerre

nous ne voulons pas de légion d'horreur,

nous, ce que nous voulons, c'est continuer à être de jeunes cons, vivre comme des jeunes cons,

aimer comme des jeunes cons,

mourir comme des jeunes cons en souvenir de ceux qui sont morts comme des jeunes cons,

comme en quatorze,

comme en quarante,

de ceux qui sont morts et qui n'ont pas de souvenir,

comme ceux de quatorze,

comme ceux de quarante,

comme les vieux cons!

 





  

Les petites filles




Les petites filles, quand ça ne sent pas bon, ça ne sent pas mauvais,

parce que ce sont des petites filles.

 


Les dames, quand ça sent mauvais, ça ne sent pas bon,

parce que ce sont des dames,

des dames pas propres,

des dames négligées,

des dames sales

à qui on a pris la fleur, sans la cueillir, non!,

en l'arrachant, les racines avec.

Il reste un grand trou plein de mémoire pour le jardin d'autrefois,

mais c'est un marécage;

et il y a des tas de choses qui pourrissent dedans,

et c'est là que le nez de l'homme va renifler,

va renifler des feuilles mortes et des odeurs de dames,

de dames qui ne sentent pas bon !

 

 

Les petites filles, quand ça ne sent pas bon, ça ne sent pas mauvais,

parce que ce sont des petites filles.

Parce que le printemps va faire son apparition.

  

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